Garder son argent sur un compte bancaire courant a un coût caché : chaque année où l'inflation est positive, votre pouvoir d'achat se réduit. Si les prix montent de 4 % et que votre épargne ne rapporte rien, vous êtes 4 % plus pauvre dans douze mois — sans avoir rien dépensé.
Comprendre l'érosion
L'inflation se mesure par l'indice des prix à la consommation (IPC) publié par le HCP. Sur les dernières années au Maroc, les niveaux ont fluctué entre des phases modérées (autour de 1-2 %) et des phases plus élevées liées à la conjoncture mondiale (énergie, alimentation). Sur dix ans, même une inflation moyenne de 2 % réduit le pouvoir d'achat d'un dépôt non rémunéré d'environ 18 %.
Les outils disponibles
Trois grandes familles d'instruments aident, à des degrés divers, à compenser l'inflation : les actions, les obligations, et les biens réels (immobilier, métaux précieux). Pour un investisseur particulier marocain qui investit via la Bourse de Casablanca et les OPCVM, deux briques sont les plus accessibles.
Les actions et le MASI
Sur longue période, les actions ont historiquement procuré un rendement supérieur à l'inflation. Une entreprise rentable peut, en partie, répercuter la hausse des coûts sur ses prix de vente. C'est pourquoi un portefeuille actions diversifié reste une protection structurelle contre l'inflation, à condition de tenir l'horizon long.
À court terme cependant, les actions ne protègent pas mécaniquement contre l'inflation. Une hausse rapide des prix de l'énergie peut peser sur les marges et faire baisser les cours pendant plusieurs mois. La protection joue sur 5 à 10 ans, pas sur 6 mois.
Les obligations et les OPCVM monétaires
Les obligations à taux fixe ne protègent pas contre l'inflation : leur coupon est figé, et leur valeur nominale s'érode en termes réels si les prix montent. En revanche, un OPCVM monétaire dont le rendement suit les taux courts peut, partiellement, refléter une remontée des taux directeurs en réponse à l'inflation.
Les obligations indexées sur l'inflation existent dans certains marchés mais restent peu accessibles pour le particulier marocain. Le MASI et les OPCVM actions diversifiés restent donc, pour l'essentiel, le bouclier le plus pratique.
Allocation et durée
L'arbitrage entre cash et actions n'est pas binaire. Garder une réserve de précaution équivalente à 3-6 mois de dépenses sur un compte liquide reste sain — l'inflation y joue, mais la liquidité prime. Tout ce qui dépasse cette réserve et qui n'est pas destiné à être dépensé dans les 5 prochaines années a vocation à être investi en actifs productifs.
En pratique
Calculer une fois par an le rendement réel de votre épargne (rendement nominal moins inflation) est un exercice utile. Si la majorité de votre patrimoine produit un rendement réel négatif depuis plusieurs années, c'est un signal pour rééquilibrer vers des actifs avec un potentiel de croissance — sans pour autant tout déplacer d'un coup.
